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Genres & sexualités dans les Monts du Lyonnais

C’est quoi ce pays, Résilience ?

S’endormir un soir en réalisant à peine que tout est sur le point de changer. Se réveiller un matin comme habitante d’un autre corps. D’une autre vie. Comme si d’un seul coup il fallait tout revoir. Pour vérifier. Ce souvenir est-il différent aujourd’hui de ce qu’il était hier ?

Penser. Sans presque pouvoir s’arrêter. Chercher l’anesthésie du cerveau à défaut de l’amnésie perdue. Pourquoi ? Qu’est ce qui lui est passé par la tête ? C’est quoi sa vie ? Ça va être quoi, l’impact pour lui, 26 ans plus tard ? A-t-il seulement conscience de ce qu’il a fait ?

Ecœurant. Immoral. Innommable. Nauséabond. Fétide. Répugnant. Sordide.

Faut-il être homme pour comprendre ce qui a pu lui passer par la tête ? Faut-il être folle pour vouloir chercher à le comprendre ? Est-il le seul à avoir voulu me détruire ? Si tant est que telle pouvait être son intention ? S’agit-il d’un acte purement égoïste, guidé simplement par la pulsion ?

Pulsion. Poussée du cœur à ce point incontrôlable ? Mais en a-t-il seulement un, de cœur ?
Pulsion. « Force à la limite de l’organique et du psychique qui pousse le sujet à accomplir une action dans le but de résoudre une tension venant de l’organisme* » .
Pulsion. Mon corps face à la sienne.
Pulsion. Adolescent en berne. Enfance devenue terne.
Pulsion.

Faut-il être à ce point détaché de son humanité, que de pouvoir penser pendant un seul instant prendre le pouvoir sur la pensée de l’autre ? Se sentir puissant, c’est ça ? Forcer l’oubli ? La puissance de l’oubli. Caché dans les tréfonds de mon âme. Cette violence innommable. Indescriptible. Vingt-six ans. Vingt-six ans d’oubli.

Amnésie traumatique. Amnésie traumatique. Amnésie traumatique. C’est à la fois doux -Amnésie. Toutes ces lettres en pont qui effleurent à peine le piquant du « i ». C’est à la fois triste -traumatique. Ça tranche et ça pique. Traumatique.

Stress post-traumatique. Ça pique. Ça siffle, ça percute, ça tranche et ça pique. L’impression d’être ailleurs que dans son corps. Plus rien n’est possible. Le corps est comme maintenu dans l’étau de la pensée. Double peine que celle de devoir encore y penser.
Stress post-traumatique. Les lèvres qui se pincent pour laisser sortir des syllabes qui piquent.

Que faut-il faire de « ça ». De tant de piques, de tranches ? Cette tranche de vie est-elle volée, elle aussi ? Jusqu’où faudrait-il partir pour pouvoir simplement le laisser là-bas, loin ? Comment faire pour arracher de mon corps ce qu’on lui a volé, impunément ? Jusqu’où faut-il aller pour ne plus avoir mal à la tête, mal au cœur, mal au corps, mal à l’âme ? Jusqu’où faut-il aller pour oublier, de nouveau, la blessure du corps ? Jusqu’où faut-il aller pour que la pensée reprenne un autre chemin, pour que la boucle s’arrête, enfin ?

Résilience. Mais elle est où, la résilience ? C’est quoi ce pays, Résilience ? Quelle en est la capitale ? La monnaie ? Y-a-t-il un hymne national ? Faudrait-il voguer sur tous les torrents pour enfin la retrouver ? Quelqu’un sait-il où trouver une carte, pour pouvoir s’orienter ?

Résilience. Drôle de pays caché. Résilience. J’aimerai tant te trouver

*Définition larousse.fr

Judith, 34 ans

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